Tendances & Actualités

Les algorithmes font-ils des bons patrons ?

Le 26 août 2016, à Londres, une étrange manifestation s’est déroulée devant les locaux d’UberEats, le service de livraison de nourriture d’Uber. Des dizaines de coursiers protestaient bruyamment contre un patron invisible, un algorithme qui décide de leur rémunération et qui venait de leur infliger un mauvais coup. Le tarif de leur course venait d’être brutalement réduit par une simple mise à jour de l’application sur laquelle ils travaillent. On a connu patron plus délicat que l’algorithme d’Uber.

Quelles est la vraie innovation de l’économie de partage ?

C’est que le patron s’est désincarné, il est devenu un algorithme. Les employés ne se pointent pas tous les matins au travail mais allument simplement leur application sur leur smartphone.

Chez Uber, par exemple, le programme informatique décide de tout. Il envoie les voitures vers les clients les plus proches, il ajuste le prix de la course en fonction de l’offre et de la demande et il surveille même les chauffeurs en temps réel comme un N+1 zélé. L’algorithme ne hurlera jamais dans l’open-space mais il sait prendre des mesures punitives. Ainsi, si les chauffeurs Uber refusent trois demandes de course de suite, ils sont déconnectés automatiquement pendant deux minutes. Au coin !

Chez Deliveroo, les coursiers reçoivent chaque mois un “audit de performances” qui recense leurs résultats sur différents critères : délai d’acceptation des commandes, temps de livraison, retards de livraison… Avec pour objectif, évidemment, de faire mieux, le mois prochain. Deux chercheurs américains ont étudié les rapports entre l’algorithme et les chauffeurs Uber et en ont conclu que le programme informatique était plus contraignant qu’un vrai patron.

Les avantages des algorithmes

Mais l’algorithme a une grande qualité : étant omniscient, il est capable de répartir au mieux l’offre pour la demande. Les clients sont ravis d’avoir un taxi aussi rapidement pour un prix relativement bas, les chauffeurs le sont tout autant de trouver si facilement des clients et apprécient que les prix augmentent automatiquement en période de rush. L’algorithme est purement rationnel. Il ne fait jamais de crise de nerfs, ne fait pas de favoritisme, ne cherche pas à placer son neveu pour le stage de 3e. Enfin, immense avantage que vantent les travailleurs de l’économie du partage : ils bénéficient d’une grande flexibilité et sont totalement libres de leurs horaires.
En résumé, l’algorithme est un patron souple et rationnel, mais un patron totalement sourd, qui n’écoute pas ses employés. Les législateurs de nombreux pays réfléchissent au moyen de mieux encadrer ces métiers et cette nouvelle manière de diriger ses salariés que l’on commence à appeler “management algorithmique”.

Vous souhaitez améliorer vos connaissances ?