Bertrand Simon : « Un digital transformer : des qualités humaines avant des qualités techniques »

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Bertrand Simon : « Un digital transformer : des qualités humaines avant des qualités techniques »

Bertrand Simon est directeur du Master 2 Communication Politique et Sociale de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il est l’un des plus anciens experts du digital, de la veille d’opinion et du suivi des débats publics sur Internet. Les équipes d’ABILWAYS DIGITAL l’ont rencontré pour recueillir sa vision de la transformation numérique.

Bertrand Simon

Bertrand Simon, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

La question « transformation digitale » 

Quel est votre regard sur la façon dont nos universités françaises pilotent leur transformation digitale ?

Beaucoup de choses se font dans les universités françaises. Dès la fin des années 1990, la transformation digitale a pris deux chemins.

Tout d’abord, celui de la digitalisation des contenus, lorsque les universités se sont intéressées à la formation ouverte et à distance (FOAD). Mais il n’y a pas forcément eu beaucoup de résultats car cela nécessite des moyens humains et financiers considérables.

Ensuite, l’autre chantier a été la digitalisation du fonctionnement, des relations quotidiennes au sein des établissements. Cela a commencé par la mise en place d’Intranets ou la création d’adresses e-mail pour les étudiants.

Aujourd’hui, on va plus loin, en proposant un paiement sans contact pour le restaurant universitaire par exemple, ou des espaces pédagogiques interactifs. Il reste que les universités françaises sont encore un peu lentes sur les offres de formation en ligne car il y a une foi dans le présentiel, dans le fait qu’assister aux cours est nécessaire, ce qui n’est d’ailleurs ni faux ni critiquable.

La question « RH » 

Pour vous, quelles sont les qualités indispensables que doit posséder un digital transformer ? 

Un pilote de la transformation digitale doit posséder à mon sens trois qualités.

Il faut tout d’abord avoir une perception précise de l’utilité de la transformation à mettre en place : la transformation digitale n’est utile que si elle apporte quelque chose de nouveau et facilite la vie, qu’elle permet d’améliorer les process ou de régler les situations plus aisément.

La deuxième qualité à posséder, c’est la capacité à innover : il faut être créatif, trouver des solutions inventives et parfois rompre avec les habitudes. Il faut donc être aussi curieux, et c’est la troisième qualité. Cela signifie garder une ouverture sur l’extérieur et se nourrir des exemples d’autres branches, des données comportementales, et pas seulement techniques, pour trouver les bonnes idées.  

Pour résumer, un digital transformer doit posséder des qualités humaines qui relèvent d’une bonne capacité d’adaptation plutôt que disposer de véritables qualités techniques. En effet, la faisabilité technique et l’usage des technologies est forcément secondaire par rapport à l’utilité que l’on doit retirer de la transformation digitale.

La question « prospective »

Dans 10 ans, la société sera-t-elle 100 % digitale ?

Les individus font eux-mêmes leur transformation digitale. La demande est forte et il y a un véritable besoin.  

Dès lors, toutes les entreprises et les institutions doivent également s’engager sur ce chemin. La digitalisation, c’est comme l’électrification. Comme il y a eu un moment où l’on a eu besoin de l’électricité, il y a ce moment où nous avons l’utilité du digital car le digital permet de faire son métier : c’est un moyen de faire fonctionner l’entreprise. C’est une transformation, au sens de l’adoption de nouveaux moyens face à une mutation de l’environnement de l’entreprise.

Il y aura forcément, peut-être toujours, des exclus de la digitalisation ; mais ils sont plus généralement en marge de la société et de son évolution.

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