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Le digital : avant tout une stratégie d’entreprise, Clément Courvoisier, Les Echos

Ingénieur de formation et fort d’une expérience dans les médias, Clément Courvoisier mène la transformation digitale du Groupe Les Echos depuis 3 ans. Nous avons souhaité recueillir son témoignage de digital transformer.

ClémentLa question « transformation digitale »

Comment opérez-vous la transformation digitale du groupe Les Echos en France ?

L’activité digitale au sein du Groupe Les Echos date d’une quinzaine d’années déjà, mais ce n’est qu’en mai 2015 que nous nous sommes dotés d’une direction digitale transverse sur l’ensemble de nos activités : les médias et les services, qui constituent 30 % de notre chiffre d’affaires. Cette direction a deux missions : l’une très opérationnelle, qui consiste à développer l’ensemble des produits digitaux (applications, sites web), et l’autre qui est d’emmener le groupe dans l’histoire du digital. A travers cette mission, la direction digitale a un rôle d’animateur des projets digitaux qui émanent de tous les départements. À terme, nous souhaitons que les compétences dédiées au digital soient déployées dans tous les départements du groupe, et que la direction digitale se concentre sur l’animation de cet écosystème. À titre d’exemple, le marketing digital, que nous gérions au sein de la direction digitale, a fini par intégrer la direction marketing historique l’année dernière. C’est une question de maturité : c’est ce que nous souhaitons faire, petit à petit, métier par métier. Aujourd’hui, le groupe compte 120 personnes dans son écosystème digital, dont seulement 50 qui dépendent hiérarchiquement de la direction digitale.

La question « défis »

À quels défis avez-vous dû faire faire face pour mener à bien la transformation numérique des Echos ?

Le véritable challenge est de réussir à embrasser rapidement tous les nouveaux usages du digital, qui vont beaucoup plus vite que l’évolution des métiers en interne et celle du business. Dernièrement, nous nous sommes lancés dans de nouveaux formats adaptés aux nouveaux usages mobiles : les Instant Articles de Facebook et le projet Accelerated Mobile Pages de Google. il reste de nombreuses questions en suspens mais l’important est d’”y aller et améliorer ensuite” car les lecteurs souhaitent ces nouveaux formats au temps de chargement très rapide sur mobile. L’autre challenge se trouve au niveau de l’organisation de travail : il faut faire en sorte que le partage des responsabilités soit clair. Le digital implique d’être rapide et agile et donc de perdre un minimum de temps en interne à se demander qui fait quoi.

La question « inspirante »

De quoi vous inspirez-vous pour mener votre transformation digitale ?

L’avantage du web, c’est que toutes les industries se retrouvent au même niveau. Nous sommes inspirés par des gens qui n’ont même rien à voir avec les médias. Par exemple, les petites structures comme les startups, dont on parle tous les jours dans les Echos, sont des inspirations importantes en ce qui concerne l’état d’esprit. On s’inspire également des sociétés digitales plus grandes, sans aller jusqu’aux GAFA, puisqu’elles délivrent très rapidement et gèrent bien les croissances rapides alors qu’elles ont déjà des centaines de salariés.

La question « consultant »

Quels conseils donner aux médias qui souhaiteraient se lancer dans un processus de transformation numérique ?

J’espère qu’ils se sont tous déjà lancés dans l’aventure digitale ! Pour commencer, il faut éviter de parler de digital, il faut parler de stratégie d’entreprise. Le digital, ce n’est qu’un moyen ! Il faut déterminer les valeurs de la marque, les points forts de son média, trouver son public, etc. C’est seulement à partir de cela que l’on peut déterminer comment investir le web. On voit que des choix radicalement opposés peuvent réussir :  Buzzfeed diffuse 80 % de ses contenus sur des plate-formes tierces telles que Facebook ou Youtube, avec un modèle tout-gratuit, alors que Mediapart, qui a un modèle tout-payant, diffuse tout sur sa propre plate-forme. Parmi ces deux exemples, il n’y en a pas un bon et un mauvais : chacun a pu trouver une stratégie adaptée à ses valeurs de marque.

La question « prospective »

Comment imaginez-vous le milieu des médias et de l’information dans 10 ans ?

La vitesse à laquelle tout cela bouge est déjà hallucinante : de nouveaux usages apparaissent chaque jour, et c’est cela qui est passionnant. Dans dix ans, je pense qu’il n’y aura plus de sites web. Ce sera minoritaire, on ne dira plus que “les Echos se lit sur Lesechos.fr” parce que les contenus se trouveront partout : il y a de plus en plus d’univers forts comme Facebook qui concurrent le navigateur web standard. Après, que ce soit en surimpression sur des lentilles de réalité virtuelle ou un frigo connecté, ce qui est important, c’est qu’il restera de bons journalistes pour écrire de bons contenus, et des gens qui auront envie de les lire !

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