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Comment l’enseignement supérieur s’adapte-t-il aux mutations numériques ?

L’enseignement supérieur sait qu’il doit s’adapter aux besoins de mutation numérique des organisations. Des filières croisées ou mixtes ont commencé à rapprocher des établissements supérieurs très différents – comme HEC, Centrale, ISG, Epita ou l’Ecole 42…  – et semblent avoir la cote auprès des étudiants.

La plupart des offres d’emplois recherchant des profils numériques font ressortir le besoin d’une certaine multidisciplinarité. On y retrouve le plus souvent une connaissance des techniques de référencement sur Internet, des méthodes de conception ou design pour le web, la maîtrise des outils d’analyse du trafic et des audiences ou encore celle des techniques de génération de leads (contacts prospects) et des réseaux sociaux – en bref une véritable culture digitale, doublée d’une culture business.

La preuve de cette pluridisciplinarité ? Les profils privilégiés par les entreprises sont les étudiants d’écoles de commerce ou d’informatique, avec une spécialisation en digital et une expérience de quelques années dans une activité d’e-commerce ou projets informatiques. Ce parcours est bien souvent le minimum requis pour intégrer un stage.

Deux cultures, deux profils ?

Or, les filières classiques sont rarement pluridisciplinaires. Il faut atteindre le niveau des Bac+5 liés au digital, e-commerce ou e-business, pour rencontrer des étudiants issus des deux cultures (soit commerce ou littéraire, soit informatique/technique). D’où la limite des dispositifs, car il n’est pas évident de brasser ces deux cultures auprès de la même personne. Mais l’entreprise a n’a pas prévu une équipe, ni deux postes mais un seul…

Pas étonnant que certains s’y perdent.  « Les nouveaux métiers du numérique, qui concernent tous les secteurs, scientifiques et/ou commerciaux, sont encore mal connus et devraient bénéficier d’une campagne nationale de promotion », plaide un responsable du groupe CGI.

De son côté, le Conseil Economique Social et Environnemental constate qu’il faut « enseigner autrement ». Mais il reste beaucoup à faire « pour varier la présentation des savoirs afin de les adapter aux différents publics apprenants » .

L’espoir des « Fabriques du Numérique »

Dans le contexte du projet de loi pour une République numérique, la secrétaire d’État Axelle Lemaire met en avant la nécessité de formations rapides des jeunes à ces nouveaux métiers. D’ici à la rentrée 2016, ce sont 50 nouvelles fabriques du numérique qui seront labellisées pour offrir « des formations professionnalisantes de 3 à 18 mois  », venant s’ajouter à 130 formations déjà reconnues et 171 identifiées dans le cadre du projet Grande École du numérique. Ces filières concernent des jeunes mais également des personnes sans qualification ou en reconversion professionnelle. Une première enveloppe de 5 millions d’euros concerne 72 structures, alors qu’un autre appel à projets est en cours. L’objectif est de former, d’ici à 2017, 10 000 personnes aux métiers du numérique, au sein de plus de 200 formations.

Des initiatives concrètes de rapprochement

Quantité d’autres initiatives intéressantes ont surgi récemment, jouant sur l’interdisciplinarité. Citons par exemple, au niveau Bac+5,  le rapprochement entre l’ESSEC et l’Ecole Centrale Paris qui ont lancé, à la rentrée 2015, un mastère commun “Data science and business analytics”. Le contenu concerne les outils informatiques, l’analyse quantitative, la compréhension de l’environnement économique, ainsi que « la manière pour les décideurs d’évoluer dans une entreprise grâce à cette connaissance ».  Les deux écoles proposent également des programmes de formation continue se rapportant à ces thématiques.

HEC s’est ponctuellement rapproché de l’Ecole 42 de Xavier Niel pour concevoir un programme destiné à ceux qui veulent créer leur propre start-up en quelques semaines : Track Digital Entrepreneur. Une quarantaine d’équipes ont candidaté, soutenues par des webdesigners de Strate, des élèves de E-artsup, de l’ESSEC et de l’ESCP, Polytechnique, Centrale, Normale Sup, Télécom ParisTech… Il s’agit de combiner les talents : webdesign, développement de fonctionnalités web, techniques de commercialisation, marketing, business plan, etc.

Le programme, qui s’inspire du concept learning by doing, alliant cours théoriques, coaching, speed dating avec des dirigeants de startups, l’un des objectifs étant de mettre les équipes en relation avec des investisseurs privés ou institutionnels.

Des mastères « caméléons »

D’autres écoles n’ont pas attendu pour comprendre l’intérêt de cette interdisciplinarité. Nombre d’écoles de commerce ont ainsi pour objectif de former des managers “caméléons” afin d’accompagner les entreprises dans le développement de leur business model sur le web (formations en e-business, digital & business development ou encore en stratégie web). Les filières informatiques s’adaptent également aux nouveaux enjeux du web, alliant génie logiciel, gestion des réseaux et sécurité. Certaines filières MIAGE commencent à intégrer des éléments liés à la transformation numérique.

La parité garçons / filles toujours en question

Il reste un autre défi sous-jacent à toutes ces initiatives : outre la relative désaffection des filières électroniques, informatiques, télécoms, constatée notamment par Télécom ParisTech, c’est la faible proportion d’étudiantes attirées par ces filières. Beaucoup de responsables de ces nouvelles filières mixtes (avec une dimension commerciale et marketing-communication), espèrent également, à défaut d’une parité, une mixité moins déséquilibrée filles et garçons.

Car parmi les étudiants des universités, si les femmes sont majoritaires, elles restent très minoritaires  en classes préparatoires aux grandes écoles, en IUT et surtout en écoles d’ingénieurs, où elles ne représentent que 25% des effectifs.

Ils l’ont dit

Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du numérique :

« Quelle que soit la formation du jeune concerné, sa qualification et son histoire, il faut aller le chercher, s’il est doué dans le numérique, s’il a du talent et s’il est motivé. »

Yves Poilane, directeur de l’école Télécom ParisTech :

« À l’heure où les besoins des entreprises explosent, nous assistons à une désaffection des jeunes pour les carrières scientifiques et techniques, quand bien même le numérique pénètre chaque jour davantage leur vie de tous les jours… »

Marc Trilling, CGI Business Consulting :

« Si tous les diplômés ne sont pas forcément des geeks, ils ont développé une agilité, une rapidité et une mixité de compétences très utiles pour comprendre et mêler le digital aux métiers traditionnels. »

En chiffres

 

  • 69 % des salariés se déclarent impatients quant à la transformation digitale de leur entreprise.  
    Près de 9 salariés sur 10 la considèrent même comme une opportunité (TNS-Sofres, janvier 2015)
  • En 2015, 700 000 postes étaient à pourvoir dans le secteur du numérique au sein de l’Union européenne (Commission européenne).
  • Chez Google, seul un cinquième des postes de direction est occupé par des femmes alors qu’elles représentent près d’un tiers des salariés. (source : Le Monde Campus, juin 2015)

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