Economie numérique

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Destruction d’emplois, spéculation : l’économie numérique remise en cause ?

Depuis quelques semaines, le débat se ravive : la nouvelle économie digitale, si elle apporte sûrement de la valeur, détruit-elle plus d’emplois qu’elle n’en crée ? Une nouvelle bulle spéculative enfle-t-elle autour des licornes, ces start-ups milliardaires ?

Numérique : des effets contrastés sur l’emploi

Aux États-Unis, la gig economy (littéralement, l’économie des petits boulots) s’est invitée dans les primaires présidentielles. Au cœur du débat, une étude du JPMorgan Chase Institute montrant que 70 % des américains de 18 à 24 ans ont enregistré une augmentation de plus de 30 % de leur rétribution mensuelle grâce aux plateformes digitales telles que Uber et Airbnb. Une autre étude récente initiée par Intuit Software, estime à 3,2 millions le nombre d’Américains activement engagés dans un genre de job “gig”, au moins à temps partiel.

Ces chiffres sont à mettre parallèle avec ceux énoncés par les économistes Frey et Osborne, qui, en 2013, déclaraient qu’au cours des deux prochaines décennies près de la moitié des emplois américains seraient remplacés par des machines numérisées… En France, c’est un tiers des emplois que pourraient occuper machines, robots ou encore logiciels dotés d’intelligence artificielle.

Le numérique est donc créateur d’emplois, mais ceux-ci restent faibles. Deux visions s’opposent : les pro-numérique, pour qui il représente une opportunité de lutter contre les fragilités économiques, et ceux qui, à l’instar de Bernard Stiegler, y voient le risque d’une « nouvelle explosion d’insolvabilité généralisée, bien pire que celle de 2008 ».

En réalité, on assiste à une remise en question du travail salarié classique. Trois grands catégories se dessineraient : des salariés sous contrat, des salariés “mercenaires” (travailleurs indépendants) et des salariés précaires.

L’automatisation des tâches et la désintermédiation des services contribueraient à une contraction de l’emploi, surtout non qualifié, et à une progression des emplois indépendants ou  auto-entrepreneurs/freelance, ce qu’atteste la prolifération des espaces de coworking.

Numérique : une autre économie de la valeur ?

L’autre débat porte sur le fait que la création de valeur de l’économie numérique n’est pas nécessairement synonyme de création d’emplois. Beaucoup citent le cas de la “start-up licorne” par excellence, qui a lancé l’application de communication mobile WhatsApp. Elle n’employait que 55 personnes au moment où elle a été acquise par Facebook et au passage valorisée…  19 milliards de dollars !

Les financiers expliquent qu’une entreprise numérique n’a besoin que de très peu de capitaux d’investissement à son lancement mais que si le modèle est bon, il lui faut très vite disposer de beaucoup de fonds de roulement pour réaliser son potentiel, y compris à l’international. Par ailleurs, une large partie de la valorisation n’est souvent que boursière (actions très volatiles). Cette valorisation peut, parfois, être partiellement démonétisée par des formes de troc de services. Dans ce contexte, parler de financement de la protection sociale relève d’une autre planète… En revanche, on préfère évoquer le « capital personnel de production ». Et ici, pour des activités à petite échelle, il est alors intéressant de faire la passerelle avec de nouvelles formes d’économie collaborative ou solidaire, avec échanges de valeur, comme cela s’observe, par exemple, à New York, à l’ouest de Chealsea, 13th Street dans le Meatpacking District, quartier réhabilité pour les start-ups.

Quant à l’autre sujet – financer le modèle social, à grande échelle ou non – certains évoquent régulièrement l’éventualité de taxer les flux financiers… Mais ceci est encore un autre débat

Ils l’ont dit

  • Bertrand Duperrin, directeur de Nextmodernity :
    Traditionnellement création de valeur rimait avec création d’emplois. Ce n’est plus le cas
  • Hakim El Karoui, cabinet Roland Berger :
    Le numérique crée peu de croissance – c’est la surprise de la décennie – et peu d’emplois.

En chiffres

D’ici à 2025, en France, un tiers des emplois pourraient être occupés par des machines, des robots ou des logiciels dotés d’intelligence artificielle… (source : Cabinet Roland Berger, 2014).

Pour aller plus loin

Bourgeois Isabelle, Économie numérique : peu de destruction d’emplois, Regards sur l’économie allemande, mars 2015.

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