Développeur-administrateur WebOps : l’agilité exige une symbiose des compétences

Métiers du digital

Développeur-administrateur WebOps : l’agilité exige une symbiose des compétences

L’agilité – c’est-à-dire l’accélération des déploiements de projets informatiques, s’agissant en particulier des sites ou portails Web – implique une exigence. Il faut que les responsables de la mise en œuvre aient une double casquette : être à la fois développeur et administrateur superviseur de l’exploitation en lien avec les métiers ou utilisateurs. Un profil très recherché.

Développeur-Administrateur WebOps : quel profil ?

Traditionnellement, dans les services ou départements informatiques, on a toujours distingué les équipes des « Etudes & Développement » et les responsables « Exploitation » ou « Production ».

Jusqu’ici les premiers ont eu pour mission d’étudier les besoins des utilisateurs ou des métiers, de travailler à partir d’un cahier des charges détaillant les fonctionnalités attendues (déterminer tout ce que devra faire l’application, en automatisant autant que possible), pour ensuite développer des logiciels ou applications qui seront, autant que possible, architecturés de façon modulaire, souvent multilingues. Le développement du code étant terminé, il faut alors tester le bon fonctionnement, « débugger » le logiciel – c’est-à-dire, vérifier que l’application ne « plante » jamais, quels que soient les cas possibles d’utilisation et d’enchainement des fonctions.

Les seconds – les responsables Exploitation ou Production – prennent alors le relais en installant les applications sur les serveurs et les postes de travail. A l’aide de divers outils, ils « provisionnent » les ressources informatiques nécessaires (performances des serveurs et des postes en termes de capacité mémoire, disques de stockage, etc.), jusqu’à la mise à niveau du réseau et des postes de travail, en y intégrant des dispositifs de sécurité. Il y a d’abord la phase de déploiement consistant à répliquer l’installation machine par machine, et en procédant par service ou par étage afin de re-tester le bon fonctionnement avant de l’étendre à toute l’entreprise. Ensuite, quand l’application est en fonctionnement partout, il faut l’administrer, la superviser, c’est-à-dire gérer les éventuels incidents, les goulets d’étranglement qui peuvent survenir, en orchestrant, par exemple, un équilibrage de charges (le fameux « load balancing ») sur les serveurs ou sur le réseau.

Gagner en efficacité

Dans de nombreuses organisations, on continue de distinguer ces différentes fonctions d’informaticiens-développeurs, responsables d’exploitation, administrateurs, responsables réseau… Mais avec les nouvelles exigences de réactivité ou « agilité » – ou encore des entreprises, de tels cycles – intégrant développement, tests, installation, déploiement, administration… – cela s’avère désormais trop long. À part dans de très grandes structures, il devient de moins en moins acceptable aux yeux des responsables « métier » de devoir attendre un ou deux ans, voire quelques mois pour une solution nouvelle. La vogue des « apps » en ligne, téléchargeables à partir d’un smartphone, est passée par là et appelle la « vélocité ». Le concept de « cloud computing » (informatique en nuage) fait son chemin, signifiant, de façon simpliste, qu’il suffit de se connecter pour lancer toutes les applications utiles (solutions téléchargeables SaaS, Software as a Service).

Dans le domaine des portails et des sites Web, souvent sujets à des opérations événementielles nécessitant une grande réactivité, ce critère de rapidité de mise en œuvre prévaut de plus en plus. Il oblige donc à ce que le même opérateur web soit à la fois responsable du développement et en charge de son exploitation et évolution. Ce nouveau profil, raccourci en Responsable WebOps, fédère plusieurs compétences clés. Il est actuellement très recherché. Il est rare sur le marché du travail, car rares sont les formations regroupant l’ensemble des expertises utiles à ce job. Un profil plutôt jeune, mais seniors « wanted ».

Initialement, il peut s’agir d’un ingénieur système, ou d’un bon technicien système & réseau, souvent jeune -moins de 30 ans – qui a évolué dans l’univers des plateformes Web et les réseaux IP (Internet protocol). Mais il peut aussi s’apparenter aux seniors, avec beaucoup d’années d’expérience dans des branches d’activité ou métiers différents – ce qui pourra être très apprécié (banque, service public, etc.)

Filière : écoles spécialisées ou formation continue

Le Responsable WebOps peut être issu d’une école spécialisée (ECP, Epita/ Epitech, Insa-Lyon ou Toulouse, Paritech Telecom ou Telecom SudParis, d’un IUT ou d’une université…).

Mais il peut tout aussi bien être autodidacte mais avoir engrangé une succession d’expériences approfondies, récentes et incluant plusieurs de ces fonctions requises. Ou avoir suivi des formations spécifiques, en alternance ou en continu.

Grande ouverture sur les connaissances techniques

Idéalement, il doit connaître aussi bien les environnements Microsoft que ceux de la communauté Open Source (Linux, plateformes serveurs web Apache, bases de données MySQL, langages PHP, Python… d’où l’acronyme ‘LAMP’, déjà considéré comme dépassé par certains puristes, car diverses alternatives ont vu le jour).

Dans la pratique, ce responsable pourra mieux connaître l’un des deux univers mais il aura intérêt à s’initier à l’autre, s’il veut conserver une grande mobilité professionnelle.

En outre, toute expression d’ostracisme déclarée ouvertement contre l’un ou l’autre de ces univers techniques, très concurrentiels, est souvent perçue négativement par les recruteurs (signe d’immaturité, et de manque d’ouverture). Il doit, au contraire, montrer de la curiosité et aimer élargir son horizon, quitte à faire appel à des compétences complémentaires autour de lui.

Garder de la mobilité et de la souplesse

Sur le terrain, ce Responsable WebOps sait être à l’écoute et montre beaucoup de souplesse. Il doit être au contact des métiers et comprendre leurs besoins. Plutôt que de tout développer ou faire développer, il doit savoir quelles briques logicielles existent déjà (en Open source ou chez les éditeurs de logiciels) et comment elles pourront être assemblées en un temps très court (quelques jours, voire quelques heures… -selon la complexité du projet).

Maîtrisant parfaitement l’anglais technique (informatique et réseau), c’est un homme ou une femme orchestre qui doit savoir gérer une infrastructure (système et logiciel). Il assure la maintenance des solutions existantes et s’intéresse à leur évolution. Il doit être capable de garantir la qualité de service auprès des utilisateurs, car précisément, il fait le lien entre eux et les ressources en place.

En résumé, c’est un peu le magicien des portails et des sites web – qui a su passer le stade de développeur, par sa créativité, sa curiosité et son ouverture aux utilisateurs et aux métiers, quel que soit le secteur d’activité.

Les principales tâches du Responsable WebOps

  • réaliser des projets (de taille relativement limitée)
  • traiter les demandes des utilisateurs, dialoguer avec eux selon leur métier
  • livrer de nouvelles infrastructures et solutions
  • en assurer le bon maintien et les évolutions.

Ils l’ont dit

Maxime Kurkdjian, président d’Oxalide (une « ex start-up »)

« Le problème c’est la multiplication des technos :  c’est devenu vraiment compliqué à gérer. Pour faire un tel job, il faut maîtriser plusieurs technos : la somme d’infos qu’il faut connaître, par rapport à il y a 10 ans, devient colossale. Nous n’avions pas ce problème au début des années 2000, lors de la ‘bulle Internet’ ».

Theo Schlossnagle, DG d’OmniTI:

« Les ingénieurs WebOps ont une grande compréhension des réseaux, du routage, des parefeux, du ‘load-balancing’, de la haute disponibilité des applications, des reprises après sinistres, des services TCP et UDP, des algorithmes de chiffrage… […]. Ce sont les vrais experts multidisciplinaires ».

Mark Brewer, pd-g de Covalent:

«Depuis deux ans, les grandes entreprises nous disent qu’elles n’ont plus besoin des gros serveurs d’application. Elles préfèrent migrer vers quelque chose de plus facile à déployer et moins coûteux» .

Nick Stenning, WebOps engineer, UK Government Digital Service (cabinet):

« Dans ce job, il faut être capable de résoudre des problèmes qui n’ont peut-être jamais encore été rencontrés – ce qui suppose un esprit scientifique pour aller vers la solution (…). Et il faut aussi avoir suffisamment l’assurance de déterminer que cela n’a pas été exploré auparavant et que donc – pour garder l’analogie du théâtre-  face à un problème nouveau, il faut jouer un rôle nouveau ! ».

Steven Shorrock : ergonome systèmes

« WebOps: cela vise à construire, maintenir et améliorer la Toile, en mettant l’accent sur la vitesse, la disponibilité, la capacité et la résilience. Cela concerne des systèmes socio-technologiques. Et de toute évidence, c’est critique pour la société sous plusieurs formes (….) ».

En chiffres

« Les organisations à hautes performances IT subissent 60 fois moins d’incidents techniques et se rétablissent 168 fois plus vite que les autres. Et elles déploient des services ou application 30 fois plus fréquemment et avec un « lead time » (intervalle de temps entre développement et production)  200 fois plus court ». (Source : Puppet Labs survey 2015)

Pour aller plus loin