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L’esprit startup : une valeur sûre, applicable à tous ?

Les valeurs de la culture startup, érigées en modèle par la génération Y est-elle transposable dans toutes les organisations, y compris celles de grande taille, ayant pignon sur rue depuis des décennies ? Le modèle “jeune pousse” a peut-être ses limites mais les entreprises de culture « classique » savent qu’elles ne pourront pas éternellement ignorer le phénomène.

Rares sont les dirigeants d’entreprise, surtout s’ils ont été véritablement entrepreneurs, qui ne se disent pas intéressés sinon taraudés par cette question. Il y a quelques années, on parlait déjà de l’entreprise 2.0, connectée et active sur le web. Aujourd’hui, le curseur s’est encore avancé : la transformation numérique va de pair avec celui de la montée de la génération Y. Comment moderniser son entreprise et recruter ces jeunes de 18 à 30 ans qui se montrent critiques sur le monde du travail, l’environnement, la qualité de vie ? Très à l’aise avec les nouveaux outils et les nouveaux modes de travail collaboratifs, ils se disent en quête de structures peu ou pas contraignantes.

Le chef d’entreprise, bien établi, s’interroge lui sur la pertinence du modèle startup : son entreprise, qui n’a pas échoué, possède sa propre histoire, ses valeurs et sa propre culture. Elle compte des effectifs importants et s’efforce d’améliorer au mieux l’efficacité de son organisation, avec des fonctions clairement définies dans un organigramme le moins pyramidal possible.

La démotivation de la génération Y

Or, une récente enquête de Deloitte confirme que la génération Y ne se reconnaît pas dans le fonctionnement des entreprises actuelles : 75 % des jeunes actifs interrogés considèrent que l’innovation et la créativité sont des critères essentiels dans le choix d’une entreprise; et, si ce n’est pas le cas, 63 % estiment que la responsabilité en incombe aux dirigeants et 61% mettent en cause les procédures opérationnelles.

Il n’est pas question ici de résoudre en trois phrases les données du problème.

Le modèle des startups, à défaut d’être admis comme modèle – ce qui n’est pas une obligation en soi – fait des émules. Preuve en est la floraison d’annonces sur le rapprochement entres les fleurons de notre industrie nationale et l’univers des startups, lequel connaît un véritable boom que même certains grands dirigeants américains (comme John Chambers, big boss du géant Cisco) a salué récemment. Ainsi, Engie annonce 130 millions d’euros d’investissements dans des pépinières de jeunes pousses, suivant la trace de la SNCF ou d’EDF. De même, la Société Générale vient d’annoncer un programme ambitieux de rapprochement avec un groupe de jeunes entrepreneurs.

Vers la lean start-up

L’esprit start-up n’est pas une lubie. Il repose sur une réalité, même s’il véhicule et nourrit sa propre mythologie. Ainsi, la nouvelle tendance évoque la nécessité d’être « lean« , c’est à dire « affiné », « allégé ». Ceci pour répondre au taux d’échecs très élevé: une enquête récente de la Havard Business School révèle que 75% des start-ups américaines ne survivent pas. D’où ce nouveau modèle de lean startup apparu il y a quelques mois. Il s’agit de pousser plus avant la phase d’expérimentation. Plutôt que se focaliser sur l’incontournable business plan à 5 ans – « dont personne n’en croit une ligne…« , mieux vaut se concentrer sur un planning plus élaboré du go to market, sur les commentaires clients, sur une conception itérative du produit ou du service. Bref, plus de pragmatisme, de tests réels plutôt que de rester prisonnier de la rhétorique des investisseurs.

Esprit startup : des valeurs sûres

Pour le reste, les valeurs pionnières demeurent. Une startup se doit d’être très ouverte, non procédurière. Chacun de ses collaborateurs, quelle que soit sa fonction, doit pouvoir donner son avis. L’implication de tous est indispensable et quasiment sans limite. Certains fondateurs ou simples développeurs font état de 100 heures de travail par semaine, ne traçant plus la frontière entre passer du bon temps entre collègues et sortir entre amis…

Il est clair que c’est là une des limites du modèle. Qui acceptera dans une société « installée » de dédier autant de son temps à l’entreprise, fût-elle la « sienne » ? Certains témoignages font état de la nécessité de poser une limite qui serait celle du décollage: lorsque la start-up a commencé à rentrer des revenus et est parvenue à l’équilibre, le rythme imposé devrait s’assagir…

Ce n’est là qu’un exemple du décalage qui peut exister entre la mythologie ‘start-up’ et l’entreprise conventionnelle.

Innovation et créativité

Il reste que le modèle peut apporter énormément à une structure classique, quelque peu ankylosée par une organisation certes efficace mais souvent trop hiérarchisée.

Prenons le cas du levier « créativité et innovation » : un récent ouvrages sur L’économie collaborative (*)’ montre comment une entreprise peut adopter des approches de start-up innovante en suscitant trois formes d’ « intelligence »:

  • créative, suscitée par le droit à l’expression de toutes idées de la part es salariés ;
  • sélective du fait de la circulation de l’information , à l’échange et au partage , permettant de faire sortir les meilleurs projets,
  • applicative, orientée projet fonctionnel et opérationnel , en impliquant les personnes en fonction de leurs compétences plu que de leurs fonctions ou titres.

Autant de bonnes recettes qui peuvent être adaptées au sein d’une entreprise d’une certaine taille, à condition de se convertir au travail par petites équipes, pluridisciplinaires. Mais encore faut-il que la grande entreprise apprenne à connaître toutes les capacités de ses salariés – lesquelles sont rarement accessibles, car non répertoriées. Et pour cause, l’organigramme, certes bien fait, met en avant les fonctions, et non les compétences – ce qui est logique en soi, puisque le fonctionnement de l’entreprise a été construite sur la coordination de fonctions. Une organisation réputée plus simple et plus claire… Mais pertinente encore combien de temps ?

Ils l’ont dit

Françoise Mercadal-Delasalles, directrice des ressources et de l’innovation, groupe Société Générale :

“Pour innover, nous nous inspirons des méthodes de travail des startups comme par exemple le travail en pizza team, le design thinking ou la méthode test & learn. »

En chiffres

63 % de jeunes de la Génération Y estiment que l’innovation et la créativité incombent aux dirigeants d’entreprise (Source : enquête Deloitte, 2014)

Pour aller plus loin