Florent Darrault (Capitaine Train) : “Il faut savoir adopter un regard de béotien sur son secteur”

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Florent Darrault (Capitaine Train) : “Il faut savoir adopter un regard de béotien sur son secteur”

Après une première carrière en planning stratégique, Florent Darrault rejoint Capitaine Train en 2015 en tant que Chief Marketing Officer. Nous avons souhaité recueillir la vision de ce chasseur de tendances.

florent darrault, Capitaine Train

Florent Darrault, Chief Marketing Officer, Capitaine Train

La question « transformation digitale » 

Comment procéder lorsque l’on souhaite transformer un secteur ?

En fait, chez Capitaine Train, nous ne faisons pas vraiment de disruption du secteur, nous ne cassons pas toutes les règles, nous n’appelons pas à la dérégulation, comme certains. En France, c’est même tout le contraire, c’est nous qui appelons à l’application de la loi sur le paquet ferroviaire pour être traité à égalité des autres agences de voyages.

Toutefois, nous utilisons une partie de la recette secrète des disrupteurs en nous demandant le plus souvent possible : si on met vraiment tout à plat, a-t-on vraiment besoin de tel ou tel intermédiaire, ne pourrions-nous pas faire complètement autrement et mieux répondre au besoin d’une façon nouvelle ?

La question « défis » 

Quels sont les obstacles à franchir quand on souhaite s’imposer, en tant que nouvel acteur, sur un marché aussi institutionnalisé que le secteur des transports ?

Le premier obstacle, c’est sans doute la crédibilité de l’entreprise et de son offre. Dans les secteurs très institutionnels, la taille, l’antériorité et le financement public sont vus d’un bon œil et rassurent mais ce sont trois attributs que nous n’avons pas.

Nous avons donc choisi une autre validation : celle de nos utilisateurs. Ils sont plus de 800 000 a s’être enregistrés chez nous, ils commandent plus de 5000 billets par jour et plébiscitent le service, nos apps : c’est ce qui nous rend crédible aujourd’hui.

La question « RH »

Quelles qualités doit posséder un digital transformer ?

Je pense qu’il faut, à la fois, beaucoup d’imagination pour repenser l’entreprise, son fonctionnement, sa nouvelle offre et une formidable force de conviction, de pédagogie, pour faire adhérer à la vision et rendre le changement possible.

La question « influente » 

Quelles sont vos modèles et sources d’inspiration pour mener à bien votre objectif de disruption ?

Nous observons bien sûr le monde des transports et tous les réglages qu’il peut y avoir en ce moment sur le ferroviaire, l’aérien mais aussi les VTC, le co-voiturage, la location chez l’habitant… Mais les nouveaux usages viennent aussi des autres secteurs et se propagent transversalement comme pour le paiement, la personnalisation ou la dimension sociale, par exemple.

La question « consultant » 

Quels conseils donner pour qui souhaite prendre part à la transformation numérique d’un secteur ?

Je pense qu’être capable d’avoir un regard de béotien sur un secteur peut être très utile, au moins au début, pour nourrir un rapport d’étonnement qui fasse penser autrement, qui force à se dire «Ce n’est pas normal que ça ce passe comme ça».

Ensuite, la « disruption » est quand même souvent l’application à un secteur de transformations observées sur d’autres secteurs, la prise en compte d’exigences devenues normales pour certaines activités (il faut aller plus vite, avoir plus de choix, que ce soit toujours plus pratique…) qui ne sont pas encore intégrées par les acteurs installés. Il faut donc détecter ces moments-clés de l’expérience client où le secteur est franchement en deçà des attentes des utilisateurs, formatés par leurs habitudes sur d’autres produits-services.

Seulement après ces deux étapes doit venir le temps de l’analyse et des hypothèses. Le temps de la compréhension de ces contraintes historiques et de l’évaluation des méthodes alternatives que l’on pourrait déployer.

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