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Le dialogue social réinventé grâce au digital ? Bénédicte Tilloy

Si le digital au sein des entreprises permet de raccourcir les échanges, les délais, les accès à l’information, il redéfinit aussi les métiers de chacun. Ainsi les dirigeants, managers ou encore les représentants du personnel voient leur rôle bouleversé. Nous avons échangé avec Bénédicte Tilloy qui a crée le Digilab Social alors qu’elle était DRH de SNCF Réseau. Véritable laboratoire d’innovation sociale, l’objectif du Digilab Social est de moderniser le dialogue social et le management grâce aux outils numériques. La preuve que le digital permet aussi d’améliorer les relations sociales !

La question inspirante

Comment est née l’idée du Digilab Social ?

En tant que DRH, j’étais lasse des grandes réunions improductives entre directions et syndicats, réunions où chacun joue tellement bien son rôle qu’on a l’impression que ce ne sont plus des personnes qui échangent mais les chaises entre elles. Or le numérique est en train de tout bouger partout, des métiers vont disparaître, d’autres se créer. C’est important d’en parler avec les syndicats. Mais en confiance. En se demandant d’abord comment ça va changer nos rôles, à nous managers et élus. Le faire avec d’autres entreprises, à Sciences Po, dans un tiers lieu, et avec l’éclairage d’experts, cela crée les conditions d’échanges constructifs.

La question retour d’expérience

Pouvez-vous nous faire un retour sur les premières éditions ?

On est monté en charge entre la première et la deuxième édition. La deuxième fois, toutes les organisations Syndicales étaient représentées et on a pu aller plus loin. Notre objectif est de trouver ensemble de nouvelle manières de mieux associer les salariés au dialogue social . À la SNCF, les élus et la direction de l’ingénierie voulaient par exemple retransmettre les séances du CE via Périscope. Guy Groux, chercheur à Sciences PO, nous a recommandé de commencer par y inviter des salariés et de les faire debriefer sur ce qu’ils avaient entendu. L’enjeu n’est pas le numérique pour le numérique, mais le numérique pour mieux prendre en compte les usages. En l’espèce, il s’agissait d’intéresser les salariés à ce qui se passe dans les Instances du Personnel pour que leur donner envie de contribuer à les alimenter avec des sujets qui les concernent.  

La question qui fâche

Robots, intelligence artificielle… avec le développement des technologies le digital va-t-il tuer les relations en entreprise ?

Le digital va indéniablement prendre une place importante dans les process. Mais il va nécessiter une grande collaboration entre les hommes pour plus d’agilité. Or, il faut bien se connaître pour bien fonctionner ensemble. Je n’ai jamais autant rencontré de gens que depuis que je me suis engagée sur les réseaux sociaux. Cela ne m’a jamais autant donné envie de cultiver de  belles ambiances de travail. Mais pour ne pas verser dans l’optimisme béat, disons malgré tout qu’il faudra que les mécaniques arides de reporting qui prennent du temps et font perdre le sens du travail, soient bien le terrain de prédilection des robots !

Le digital, au service de tous les collaborateurs ?

Pouvez-vous nous un exemple de bonne pratique, d’usage du digital qui a permis de favoriser le dialogue social en entreprise ?

Les ambassadeurs, ces salariés qui investissent du temps pour raconter leur boite sur les réseaux sociaux, ont constitué une communauté très solidaire et très contributive, sans pourtant se connaître IRL. Il y a parmi eux des gens de tous métiers et de tous niveaux hiérarchiques et les échanges sont très directs entre eux. Indéniablement, les barrières sont tombées, et certains clivages ont pu être enjambés.

La question remember the futur

Comment imaginez-vous le management et l’organisation en entreprise avec l’arrivée sur le marché du travail des Digital Natives ?

Les organisations seront bien plus plates qu’aujourd’hui, avec du management de projet très développé. Les open spaces seront plus chaleureux et plus désordonnés, avec des fauteuils maison ou des hamacs, mais tout le monde ne sera pas au bureau tous les jours, grâce au télétravail généralisé. Certains salariés auront plusieurs employeurs et rêveront d’organiser des espaces de co-working qui les rassemble. Les entreprises deviendront des écosystèmes qui tantôt collaboreront sur un projet, tantôt seront en concurrence entre elles. Personne ne trouvera cela anormal.

La question prospective

Aujourd’hui où en est le Digilab Social ? Quels sont vos prochains projets ?

Je suis actuellement en train de faire le tour des entreprises du Digilqb Social pour préparer la suite : l’échange sur les pratiques en test chez chacun. En parallèle, j’ai un emploi du temps de slasheuse ! J’ai contribué au rapport de Francois Taddei sur la société apprenante, j’aide quelques équipes à « accoucher » de leur projet de création d’entreprise, et je travaille sur la mienne (chut, encore…). Et puis je peins : mes aquarelles sur les valeurs d’entreprise postées sur Twitter et LinkedIn vont être exposées en juin à Grenoble Ecole de Management. Le digital mène bien au réel! 

Pour aller plus loin :

Le digital en entreprise :