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Tendances & Actualités

Le secteur immobilier dans la tourmente du digital

Le secteur de l’immobilier continue de muer, essentiellement grâce à la transformation digitale. Il reste pourtant très exposé aux risques d’ubérisation, depuis le succès, sur le web, d’outsiders comme SeLoger ou même LeBonCoin.  Entre des acteurs très divers et de nouveaux entrants, les jeux sont loin d’être faits…

Depuis une quinzaine d’années, une concentration spectaculaire de la promotion immobilière s’est opérée parmi une demi-douzaine de grands groupes capitalisant  80% du marché Mais l’apparition de plateformes web, dont les plus actives ont souvent été lancées par des start-ups, a contribué à chambouler le paysage et a obligé les géants du secteur à évoluer ce qui a coûté la vie à certains d’entre eux.

Immobilier : le spectre de l’ubérisation subsiste

Le secteur a donc dû s’adapter, sans que les risques de désintermédiation disparaissent pour autant. Rien ne dit qu’une application ou plateforme radicalement différente ne pourra déstabiliser les professionnels de l’immobilier, voire provoquer une nouvelle poussée d’ubérisation du secteur.

Car celle-ci existe déjà, notamment depuis l’expansion des sites web supportant des transactions de particulier à particulier, prenant le relais de publications papier, comme Se Loger et ou Le Bon Coin, dont 80 % des transactions concernent l’immobilier.

Parmi quelques initiatives disruptives, on peut citer par exemple, le cas de l’application SQFT (pour “square feet”) lancée en juin 2015 aux États-Unis. Elle permet aux clients acquéreurs de lancer une demande de visite auprès de tous les agents immobiliers d’un secteur géographique déterminé, à un instant T. C’est à celui qui décroche le rendez-vous le premier (potentiellement pour le même produit, achat ou location). Il s’agit donc d’un service à la demande, calqué sur le modèle des courses Uber. Il modifie la manière de travailler des professionnels immobiliers, puisqu’ils sont mis en concurrence au même moment, en quasi temps réel, comme sur une bourse.  

Repenser l’expérience client dans l’immobilier

Dans ce contexte, il y a une réelle course aux candidats, acheteurs ou locataires. Les acteurs de l’immobilier doivent non seulement gagner en efficacité grâce à de nouvelles pratiques et solutions digitales, mais doivent aussi repenser l’expérience client.

Grâce à des dossiers 100 % dématérialisés – néanmoins toujours imprimables -les démarches et procédures d’enregistrement sont simplifiées pour tous les utilisateurs. Toutes les solutions permettant des gains de temps sont utiles et nécessaires, comme la consultation en ligne de plans, documents juridiques et financiers, y compris à partir d’une tablette ou d’un smartphone – consultation qui doit être rapide, pertinente et efficace.

Technologies de modélisation 3D et réalité augmentée

Le point critique reste d’arriver à séduire acheteurs, propriétaires ou locataires, avec des options attractives, généralement grâce à des visuels – images fixes modifiables ou vidéo avec insertion d’éléments en réalité augmentée, et l’ajout d’informations contextualisées.

Les acteurs de ce marché sont contraints de se mettre à jour en termes de compétences numériques (web, réseaux sociaux, plateformes mobiles…). Ils doivent affûter leurs outils, s’intéresser aux technologies de modélisation 3D comme celles qui permettent de dresser un plan en relief, avec possibilité d’insérer des éléments de mobilier, ou de modifier des surfaces, créer des ouvertures, permettant alors au potentiel client de se projeter dans son futur cadre de vie. Il est intéressant de rapprocher ces initiatives (communes avec celles des architectes d’intérieur) avec le concept de building information modelling (BIM ou maquette numérique du bâtiment, intégrant l’ensemble des outils – processus, modèle, logiciel – afférant à un projet immobilier, neuf ou en rénovation).

Le nouveau must : un plan aménageable en 3D (Source Diakrit Internationa_DR

Le nouveau must : un plan aménageable en 3D
(Source Diakrit Internationa_DR)

Le succès des solutions iBeacons dans l’immobilier

Des solutions de type iBeacon sont également très prisées et utiles pour orienter et comptabiliser les visiteurs, fournir des informations contextualisées avec géolocalisation.

La solution Lightcurb, par exemple, envoie, à partir de balises (ou capteurs iBeacon) fixées à de grands écrans vidéo, des messages ciblés vers les appareils mobiles des clients, dès qu’ils sont à portée de connexion (Bluetooth).

Ces balises permettent aussi de se déplacer virtuellement dans les appartements ou propriétés en vente (comme dans certains musées), tout en recevant des informations connexes.

Parmi d’autres, le réseau d’agences A Vendre A Louer (Groupe Solocal Group) en est équipé depuis mi-2015.

Motiver acheteurs et vendeurs

Incontestablement, ces solutions ont une dimension ludique, qui peut être prolongée lorsque l’acheteur potentiel revient chez lui. Certaines se combinent avec des lunettes 3D. Ce sont autant d’astuces permettant d’affiner de nouveaux parcours client.

Tous ces nouveaux outils connectés, insérés dans la domotique de nouvelle génération, peuvent servir de relais ou de supports de vente.

Car, en fin de compte, le véritable défi du secteur est déjà bien identifié : comme évoqué, l’ubérisation a commencé dès le début des années 2000 avec les transactions directes « de particulier à particulier », et l’écroulement des petites annonces papier. Les réseaux de l’immobilier ont compris depuis longtemps qu’ils doivent apporter du service s’ils veulent justifier leur rôle et leurs commissions. C’est donc la chasse à la plus-value (juridique, assurance et garantie financière, etc.) grâce à une bonne maîtrise des données et des canaux d’accès aux acteurs du marché – acheteurs et vendeurs.

Les outils facilitant et affinant les estimations des biens et ceux destinés à budgétiser les travaux ou réaménagements seront toujours prisés, de même, comme évoqué, l’efficacité de la relation client grâce à un suivi des dossiers dématérialisé et simplifié et en push.

Ils l’ont dit

Carlo Ratti, directeur du laboratoire Senseable Cities du MIT :

Les acteurs de l’immobilier commencent à avoir peur. Ils se disent que s’ils ne changent pas, ils vont mourir. (… )Jusqu’à présent, l’immobilier est indemne parce que c’est un exercice très concret, très physique, avec du béton… (…) Il est difficile de savoir dans quelles mains ira la valeur ajoutée.

Roland Tripard, directeur général de Se Loger :

Nous investissons plusieurs dizaines de millions d’euros par an et nous sommes rentables depuis 15 ans.

Stéphane Anfosso, directeur général  de A Vendre A Louer :

Seuls 34 % des Français se rendent directement en agence au cours de leur recherche. Or, plus de 70 % des transactions passent par ces professionnels. En poussant la bonne information au bon endroit et au bon moment, nous permettons à nos utilisateurs d’être plus réactifs (…)

Philippe Morel, direction de Bouygues Immobilier :

L’immobilier est arrivé en dernière phase de la révolution numérique. Mais comme il s’agit d’un métier qui a de nombreuses contraintes physiques de sécurité, qui est pris dans énormément de normes, c’est moins simple. (…) Dans les prochaines années, nous construirons plus vite grâce à la maquette numérique et les bâtiments seront donc moins chers. (…)  Que Google mette de l’intelligence artificielle dans un bâtiment pose évidemment la question de la valeur et de qui la capte. Mais la question principale c’est la valeur d’usage. Et elle ne dépend pas que de la technologie.

En chiffres

  • 13,4 millions de visiteurs mensuels : l’immobilier est un des secteurs les plus porteurs sur le web.
  • 31 % des 46 millions d’internautes recensés en France se sont connectés à un site dédié à l’immobilier au cours du mois de mars (source : Médiamétrie, juin 2015).
  • Les sites les plus visités : Le Bon Coin (8,06 millions de visiteurs uniques), Se Loger( 3,65 millions de visiteurs uniques), Logic-Immo (2,27 millions de visiteurs uniques)et De particulier à particulier (2,25 millions de visiteurs uniques) (source : Médiamétrie et OJD).

Pour aller plus loin

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