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Les FabLabs, nouveaux centres de l’innovation et de l’apprentissage

Popularisés par le MIT, les FabLabs (laboratoires de fabrication) permettent de mettre les mains dans le cambouis numérique pour comprendre, créer, et aller plus vite sur le chemin de l’innovation. Les grandes écoles tout comme les entreprises leur ouvrent grand leurs portes.

L’histoire du premier FabLab de France

Avril 2012. Un container dans un hangar squatté par des militants anarchistes toulousains. À l’intérieur, une dizaine de jeunes barbus férus de technologies rêvent de refaire le monde sur la base d’une imprimante 3D. Mais attention ! Pas question de payer ou de faire payer quoi que ce soit. L’imprimante est faite de bric et de broc. Moteurs d’imprimantes recyclés, carters de PC usagés ; et la machine sculpte un fil de PVC arrivé d’on ne sait où.

Trente minutes plus tard, le cavalier sorti de l’imprimante ressemble surtout à un bout de plastique mal dégrossi. Mais la pièce produite par l’équipe de makers rejoint ses comparses sur l’échiquier.

Bienvenue au FabLab Artilect ! C’est sur le site de Mix’art Myrys, un squat d’artistes arraché de haute lutte en 2009 à la préfecture de Haute-Garonne, qu’est né le premier FabLab de France.

Un lieu où le mode de faire comme la philosophie s’inspirent directement des leçons du MIT qui ont conceptualisé le FabLab.

L’inspiration vient du MIT

« How To Make (Almost) Anything » (« Comment fabriquer (presque) n’importe quoi ») et « How To Make Something That Makes (Almost) Anything » (« Comment fabriquer quelque chose qui fabriquera (presque) n’importe quoi ») restent encore aujourd’hui deux des cours les plus populaires pour les étudiants en première année du MIT.

Ils ont donné naissance aux FabLabs, épaulés par la figure de Neil Gershenfeld, un professeur de l’institut qui, à la fin des années 90, mettra sur pied le premier « Fabrication Laboratory ».

Son idée : une communauté est plus créative et productive si elle peut accéder à une technologie à un niveau local.

Depuis, les « laboratoires de fabrication » en français se sont structurés et définis. Ce sont des lieux équipés de toutes sortes d’outils, notamment des machines-outils pilotées par ordinateur, pour la conception et la réalisation d’objets. Et ils se différençient des laboratoires classiques par leur dimension d’ouverture à un large public.

Passer rapidement du concept à la réalisation

Entrepreneurs, designers, artistes, bricoleurs, étudiants, hackers : les FabLabs sont utilisés par des publics qui souhaitent rapidement et aisément passer des phases de concept à celles de prototypage, de mise au point, et de déploiement de leurs projets.

Et au-delà des possibilités techniques, ce sont les échanges et la formation que l’on trouve dans les FabLabs. Pour mieux s’identifier, ils respectent une charte édictée par le FabLab originel du MIT.

Les responsables de ces lieux s’engagent entre autres à assurer la sécurité des utilisateurs, à proposer des ressources éducatives et documentaires en plus des machines ou encore à garantir la propriété des objets créés à leurs auteurs.

Les FabLabs débarquent dans les grandes écoles

Ce sont désormais les grandes écoles françaises qui s’emparent de ce véritable phénomène, comme le rapporte Le Point dans son dossier spécial daté du 12 février 2015. Un reportage est consacré aux FabLabs qui s’installent au cœur des grandes écoles. Car ces lieux sont aussi des vecteurs d’apprentissage pour la génération Y.

« Les faire travailler dans un FabLab sur des exercices pratiques et des mises en situation est une façon parmi d’autres de capter leur attention » assure Armand Dhery, directeur de l’ESG Management School.

EM Lyon, Essec, Skema, ESG Management School, École de management Leonard-de-Vinci Paris ; en moins d’un an, une demi-douzaine de grandes écoles ont inauguré leur FabLab. Et six autres grandes écoles s’apprêtent à le faire, en partenariat avec d’autres écoles et des universités, des incubateurs, des laboratoires de recherche ou encore des entreprises. L’idée : en faire un laboratoire pédagogique.

Et les entreprises voient dans ces FabLabs ouverts aux étudiants « un moyen de travailler avec les représentants d’une génération qui sait mieux que personne utiliser les nouvelles technologies et qui est la plus à même de générer dès aujourd’hui de l’innovation », explique le gérant du FabLab de ESG Management School, Alexandre Martel.

Un FabLab chez le roi du bricolage

De leur côté, les enseignes de la grande distribution sautent le pas. Leroy Merlin va par exemple proposer des FabLabs dans ses magasins . Dans le cadre d’un partenariat avec l’américain TechShop, des outils jusqu’alors réservés aux professionnels seront mis à disposition des clients de ces magasins appartenant au groupe Mulliez.

Machines-outils, imprimantes 3D, découpe à jet d’eau, outils de sablage, de peinture, matériaux divers : ces FabLabs reliés au point de vente doivent permettre aux utilisateurs de créer eux-mêmes leurs prototypes, ou des modèles personnalisés avec une multitude d’outils à disposition. La conception de la pièce de bricolage unique, disparue des stocks mais irremplaçable pour achever son projet de week-end, n’est plus de l’ordre du doux rêve.

Concrètement, un premier atelier de fabrication doit ouvrir avant la fin 2015 en région parisienne. Il devrait occuper de 1500 à 2000 m2. Soit un espace de très grand volume au regard des superficies habituelles de FabLab. L’accès à ces lieux sera sujet à abonnement.

Adhérer à l’esprit des ‘makers’

Retrouver un FabLab dans un magasin de bricolage n’a finalement rien de très surprenant. Car au-delà de son certificat de naissance universitaire, le FabLab s’inspire directement du mouvement des « makers », qui considère que l’apprentissage passe d’abord par la possibilité de faire, de réaliser concrètement des objets, dans le cadre de projets personnels ou de cours. Dans le sillage du blog Boing Boing et du magazine Make, tous deux héritiers revendiqués de l’esprit bien américain du DIY (Do It Yourself), le mouvement des makers français (on peut aussi dire néo-bricoleurs) est apparu il y a trois ans.

Le maker s’appuie sur les ressources de la technologie numérique pour concevoir par lui-même et en toute autonomie des objets alliant design et utilité.

Face au conformisme et à la standardisation industrielle, l’idée est de révolutionner le processus de fabrication, de rompre avec la consommation de masse et avec l’obsolescence programmée des objets.

ICI Montreuil, un centre de formation agréé, a bien compris tout le potentiel que les entreprises pouvaient tirer des FabLabs et des makers. Ce lieu a lancé en septembre dernier « l’Université des Makers », dont l’un des objectifs est d’accompagner les entreprises qui souhaitent s’imprégner de l’esprit « makers ».

« Les entreprises viennent ici pour différentes raisons. Cela peut être pour repenser leur business plan, créer un nouveau service, définir une nouvelle forme de design pour un objet, etc. Ici, ils trouvent un lieu créatif avec une énergie, une dream team de professionnels experts et des ateliers, des machines pour concrétiser leur projet » détaille Nicolas Bard, le responsable du lieu.

Impression 3D : créer des services bancaires ou du mobilier de bureau

La Société Générale, par exemple, utilise ce procédé 3 à 4 jours par mois, pour imaginer et concevoir de nouveaux concepts. Et le FabLab d’ICI Montreuil est mis à contribution pour définir les services bancaires qui accompagneront les seniors en 2030 ou concevoir les meubles enfants qui équiperont les agences de la banque.

L’Université des Makers permet également aux entreprises de former leurs cadres aux métiers de « FabLab manager ». Des cadres de Renault, Air Liquide ou encore Alcatel se sont ainsi essayés au concept de FabLab.

Post-capitalisme ou néo-capitalisme ?

Pour autant, l’imprégnation par les cadres des grands groupes de l’esprit FabLab signe t-il la fin des idéaux “post-capitalistiques” du mouvement des makers ?

Michel Bauwens et Jean Lievens, auteurs de Sauver le monde, Vers une société post-capitaliste avec le pair à pair (éd. Les Liens qui Libèrent) tentent de répondre à cette question. Cet ouvrage, à paraître le 18 mars prochain, veut montrer que les nouveaux phénomènes tels que les FabLabs, les micro-usines ou encore le mouvement des « makers » sont une voie vers une société post-capitaliste, où le marché sera soumis à l’intérêt général.

« De même que le féodalisme a émergé de la société esclavagiste romaine et le capitalisme du féodalisme, le germe d’une nouvelle société voit le jour au sein du capitalisme. Pour sauver le monde, une relocalisation de la production et un développement de la collaboration mondiale sur le plan des connaissances, du code et du design s’imposent » jugent les auteurs.

Ils l’ont dit 

Ton Zijlstra, spécialiste des FabLabs et des imprimantes 3D :

« [Les FabLabs] contiennent des machines qui permettent de faire n’importe quoi y compris des machines »

Citation extraite d’un des premiers rapport (américain) sur l’émergence des FabLab. Factory @ Home: The Emerging Economy of Personal Fabrication – 2010 :

“Un certain nombre de forces convergentes vont faire passer la fabrication personnelle, ou autofabrication, du statut de technologie marginale utilisée par les seuls pionniers et passionnés à un outil quotidien pour le consommateur et l’entreprise lambda”

En chiffres

Pour aller plus loin

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