L’Open source participe-t-il vraiment d’un état d’esprit nouveau ?

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L’Open source participe-t-il vraiment d’un état d’esprit nouveau ?

Le logiciel libre ou “Open source” procède-t-il d’une culture à part ou en rupture ? Loin d’être un univers de doux dingues, c’est un ensemble de communautés d’initiés. On y retrouve aussi bien IBM, que des lycéens accros ou des chercheurs. Un esprit collaboratif, défricheur, anticonformiste, parfois sectaire, souvent solidaire.

Le temps où les inconditionnels du “libre” se définissaient comme des antis Microsoft est révolu, alors qu’au seuil de l’an 2000, le géant du logiciel était poursuivi pour abus de position dominante. Windows, avec Internet Explorer intégré, était accusé d’avoir « tué » le navigateur Netscape, né d’une start-up et issu d’un logiciel ouvert (Mosaic, NSCA)…

Aujourd’hui, les tensions sont retombées et, face à Google ou Facebook – grands utilisateurs et contributeurs du « libre », la firme de Bill Gates s’invite régulièrement aux événements Open source. Mieux : elle vient d’annoncer du « code » sous licence Open source pour convertir des applications de smartphones (Android ou Apple iPhone iOS) dans le nouveau Windows 10…

Open source : des valeurs d’ouverture et de partage

Pourtant nombre de fervents apôtres du “libre” continuent d’afficher leur parti pris. Mais plus pacifiquement. Souvent, ils montrent des valeurs d’ouverture et de partage, en résonnance avec les principes de l’économie durable et solidaire.

Il est vrai que cet univers, où prolifèrent des forums très actifs, se revendique “libre”, ou “non commercial” (en anglais, “freeware” : “libre, gratuit”…). La réalité est plus nuancée. Car l’éventail des productions Open source est très large, allant des systèmes d’exploitation (les “distributions” Linux) aux logiciels intégrés (ERP), en passant par des langages de programmation et des bases de données, des serveurs Web, des plateformes d’e-commerce, etc.

Or, si le “code” lui-même est partagé ou si l’utilisateur est invité à verser une donation à un organisme (comme la fondation Mozilla), la plupart des “distributions” Linux sont commercialisées à travers une maintenance et un support payants. De même, des sessions de formation, avec certification parfois onéreuses, sont proposées aux tarifs du marché.

Open source : le sens communautaire avant tout

En fait, malgré des arguments économiques indéniables, cet univers souffre ici ou là d’un déficit d’image – en raison de certaines “distributions” Linux réputées moins achevées, ou à cause de certains flottements en matière de gouvernance ou d’engagements contractuels pas toujours clairement définis.

Il reste que l’esprit d’ouverture et de partage est inscrit dans ses gènes : tout développeur peut réutiliser les travaux d’un autre, interne ou externe à son organisation, pour enrichir le code ou l’insérer dans une application plus large, avec un souci d’amélioration collective. Le tout est de bien documenter les travaux.

Et de savoir à quelle “fork” (branche ou sous-communauté) on se réfère. Car les scissions existent.
Beaucoup tirent parti de cette image d’organisation innovante et collaborative, qui reconnaît la contribution croisée de talents externes et internes.

Même en langue bantou

L’adulation qu’affichent beaucoup de jeunes programmeurs à l’égard de la “distribution” Linux Ubuntu mérite le détour : en langue africaine bantou, le terme signifie « Je dois à la communauté d’être ce que je suis ». Lors des journées organisées par des “fans”, des bénévoles vous dépannent en un tour de main, vous réinstallent la toute dernière version et vous prodiguent les meilleurs conseils. Bluffant.

Enfin, soulignons que cet esprit de partage ne signifie pas amateurisme. En termes de performances, malgré quelques incidents de parcours (comme des failles dans les solutions d’encryptage SSL), les logiciels Open source ont fait leur preuve. Sur de très gros volumes de « code », comme dans les grands centres de calcul, ils sont souvent réputés plus robustes que ceux sous licence commerciale.

Ils l’ont dit

Florent Zara, président de l’Open world forum, Paris:

« Il n’est plus étonnant de retrouver des avionneurs, des opérateurs de télécommunication, des entreprises du BTP, ou des laboratoires pharmaceutiques comme contributeurs dans des projets libres et Open source, auxquels ils apportent leur vision industrielle. (…) Ces technologies sont la colonne vertébrale numérique de nos entreprises. »

Cabinet Forrester Research:

« L’innovation dans le logiciel coûte aujourd’hui 10 fois moins qu’il y a 10 ans grâce au patrimoine Open source disponible. »

Association APRIL:

« Contrairement aux logiciels propriétaires, les licences des logiciels libres vous autorisent à les copier et à les distribuer en toute légalité. »

Philippe Montargès, co-président du CNLL :

« Le Logiciel Libre et Open source est au coeur de la plupart des grandes innovations numériques et demeure le meilleur garant de la liberté d’entreprendre et de la vie privée. »

  • Les chiffres de l’Open source en France : 400 sociétés pure-players regroupées en clusters, 40 000 emplois répartis dans différentes entreprises de l’IT et un impact économique direct estimé à 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires (Source: Open World Forum, Paris 2015).

En chiffres

Aux États-Unis et en Europe :

  • 78 % des responsables IT interrogés affirment que leur entreprise utilise des logiciels Open source (soit 2 fois plus qu’en 2010)
  • 64 % déclarent contribuer à des projets Open source
  • 66 % affirment privilégier les solutions Open source aux logiciels propriétaires dans leur entreprise
  • 50 % déclarent que leur contribution à des projets Open source leur permet d’attirer les meilleurs candidats
  • 65 % disent que l’Open source leur permet de gagner en compétitivité
  • 89 % estiment que l’Open source a un véritable impact sur leur vitesse d’innovation.

Source: 2015, The Future of Open source / North Bridge & Blackduck, 04/2015 (1 300 réponses).

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