ubérisation de l'économie

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L’ubérisation de l’économie est-elle inéluctable ?

Le modèle de la start-up Uber, championne des cyber-plateformes de transport VTC, peut-il s’imposer partout ? Face à ce modèle consistant à court-circuiter les acteurs d’un secteur d’activité, les piliers de l’économie classique réagissent.

Le succès mondial fulgurant des nouvelles plateformes de services Airbnb, Blablacar ou Uber ne cesse d’interpeller économistes et entrepreneurs. Cette dernière, en questionnant la règlementation en vigueur centenaire a lancé la vague d’ubérisation de certains secteurs de l’économie, qui ne devrait pas s’arrêter là.

Une grande part de sa réussite provient de l’usage des applications mobiles sur smartphones. Un modèle terriblement en accord avec son temps, à l’heure où 58 % des Français sont équipés de smartphones (et 90 % des 18-24 ans). L’autre caractéristique est qu’en dehors de la plateforme web, aucun investissement en infrastructures, flottes ou boutique n’est nécessaire. Or aujourd’hui, leur valorisation boursière dépasse de loin celle d’acteurs traditionnels, qui au fil des décennies, ont dû investir des milliards et employer jusqu’à des dizaines de milliers de salariés. A l’inverse, ces plateformes de services sur le Web ont démarré avec des équipes se comptant sur les doigts d’une main et avec très peu de mise de fonds, jusqu’à leur décollage. Une fois leur modèle validé, elles ont bénéficié de mises de fonds colossales puis, pour certaines, d’une entrée en bourse tonitruante.

Tourisme : Airbnb et Booking fragiliseraient-ils les groupes hôteliers ?

Airbnb est encore bien loin des grands groupes hôteliers Accor, Hyatt, Holiday Inn ou autres Mariott… Le site se positionne encore comme un portail e-commerce qui défie les réseaux traditionnels avec une offre d’appartements privés de particuliers. S’il ne menace pas directement le business des grands hôtels, il exploite une nouvelle niche. D’ailleurs, Accor l’a bien compris et a décidé, outre d’adapter sa culture au digital, de faire l’acquisition d’un concurrent d’Airbnb.  

En revanche, le cas de Booking est plus impactant car la plateforme prélève directement les sommes auprès des internautes avec une marge non négligeable qui entame directement celle des hôtels. Or, ces derniers tentent en vain de s’organiser pour reprendre la main. Boycotter la plateforme comporte un vrai risque : celui de perdre une partie des réservations, tant la plateforme a su s’imposer sur le Web à l’international.

Transports : Blablacar, un vrai concurrent ?

Le cas de Blablacar est encore différent : il ne concurrence ni les constructeurs d’automobile, ni les compagnies aériennes, et assez peu les loueurs de voiture. Relevant de l’économie participative ou collaborative, son modèle économique affecte divers acteurs mais de façon encore marginale, et non frontale, comme pourrait le faire Autolib vis-à-vis des loueurs de véhicules. Blablacar a, là aussi, ouvert une niche nouvelle en concurrence avec une pléiade d’acteurs du marché low cost : trains régionaux ou intercités, compagnies d’autocars…

Si Uber a concurrencé de manière frontale les compagnies de taxis, les artisans taxi indépendants et les autres sociétés de VTC, rien ne l’a encore mis à terre, pas même les revendications salariales de chauffeurs en situation de précarité. S’il est encore impossible de deviner son positionnement à terme, il semblerait qu’il n’est pas encore menacé, ni même concurrencé par d’autres services équivalents. Mais outre le tollé soulevé chez les taxis, la start-up américaine a surtout mis en évidence le retard colossal de leur mode de commercialisation et leur marketing à l’ère du digital.

Et les autres secteurs ?

Ce modèle d’ubérisation fonctionne-t-il pour tous les acteurs économiques ? Les grandes marques, quels que soient les secteurs (banque, automobile, santé, voyages, loisirs), ont compris la menace : en quelques mois, ces nouvelles jeunes pousses sont capables de prendre des parts de marché inimaginables. Plus que cela, ils peuvent même déstabiliser tout un marché. Un exemple : celui de Free dans la téléphonie mobile, ayant démarré avec relativement peu d’investissements comme un quasi opérateur virtuel, a chamboulé  tout le marché en quelques mois, dès le jour de son lancement. Quatre ans après, il se positionne pour le rachat d’autres opérateurs aux États-Unis comme en Europe.

Quelle réponse les acteurs traditionnels peuvent apporter pour freiner cette ubérisation ? L’innovation, répond Guillaume Sarlat dans une tribune :

C’est sur le terrain de l’innovation que les grands groupes vont devoir se battre pour continuer d’exister. Et il leur sera indispensable de s’appuyer sur les startups et les PME. (…) C’est un premier pas vers une meilleure connaissance mutuelle et une meilleure collaboration, qui sera la clé de l’innovation et donc de la prospérité en France dans les prochaines années.

Ils l’ont dit

Travis Kalanick, CEO de Uber :

Il y a beaucoup de règlements dans les villes destinées à protéger des opérateurs historiques (…). Nous avons besoin de résoudre comment fusionner progrès politiques avec progrès réels.

Xavier Niel, fondateur de Free :

Toutes les entreprises à succès, comme Uber, Airbnb jouent un instant avec les lois. Il faut jouer avec ces lois pour les faire bouger, on n’a pas le droit de dépasser la ligne jaune mais on peut la titiller.

En chiffre

  • Au 24 décembre 2015,  Uber est présent dans 375 villes (68 pays) et totalise 1 milliard de courses dans le monde.
  • Valorisations de référence : Uber : 40 milliards de dollars ; Airbnb : 13 milliards de dollars.

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