Fabrication personnelle

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La fabrication personnelle redonne du pouvoir aux consommateurs – Matthieu et Christopher fondateurs de la MakerBox

Matthieu Vergote et Christopher Santerre ont lancé la MakerBox. Plutôt que d’acheter une chaise, un tee-shirt, un bijou ou n’importe quel objet du quotidien, vous apprenez à les faire vous même ! De quoi s’initier au mouvement des makers et personnaliser ses objets !

La question Pitch

Avec MakerBox, quelle est votre mission sur terre ? Vous avez 140 caractères !

Matthieu – Éveiller la conscience citoyenne sur les enjeux de la consommation et de la production en proposant un moment aussi fun qu’enrichissant !

Christopher – Inviter chacun à s’initier au plaisir de fabriquer des objets de ses mains.

La question Remember the future

Nous sommes le 12 janvier 2017, quel est le succès dont vous êtes le plus fier, la bonne nouvelle que vous souhaitez partager avec le monde entier ?

Matthieu Après un peu plus d’une année d’activité, MakerBox a l’immense plaisir d’avoir vendu sa 5000 ème box, soit autant de personnes qui ont passé la porte d’un atelier pour découvrir la fabrication personnelle et ses enjeux ! Un vrai succès pour tous ceux qui oeuvrent pour la démocratisation du « Maker movement » au sein de la société.

Christopher – Il s’agit d’une lettre reçue le 5 janvier 2017 d’une personne nous remerciant d’avoir participé à lui révéler une passion pour l’artisanat. Quelques semaines après avoir réalisé un atelier MakerBox qu’une amie lui a offert, elle décide de quitter son poste de responsable des ressources humaines pour débuter une formation en ébénisterie. Dans son courrier elle nous précise qu’elle a déjà une idée d’une gamme de mobilier qu’elle souhaite réaliser avec une essence de bois présente dans sa région.

La question Do It Yourself

L’âge du faire redonne-t-il du pouvoir aux consommateurs ou est-ce juste un nouvel eldorado business ?

Matthieu – Clairement, ce n’est pas l’enjeu business qui drive mon engagement sur MakerBox. Si cela peut faire vivre des personnes comme moi, des designers ou des lieux de fabrication, tant mieux. Mais au delà de ça, je pense qu’il y a bien plus qu’une seule opportunité mercantile. Dans un monde qui semble nous échapper, la fabrication personnelle a clairement des choses à nous apporter. En apprenant à fabriquer soi-même une lampe, un bijou, une chaise, on cesse d’être simplement un consommateur au bout de la chaine de production. On se met dans la posture de l’apprenti pour mieux appréhender le savoir-faire technique, à l’heure où nos vies sont de plus en plus régies par la technologie. S’initier à faire de ses mains, à réparer, à modifier, à adapter, à créer des objets constitue un moyen de se connecter au monde réel, celui qui nous entoure. Pas celui qui est fabriquée à l’autre bout de la planète par d’illustres inconnus sous payés. Sans être extrémiste ni démagogue, je pense que la fabrication personnelle, le « faire » comme vous dîtes, est un petit pas essentiel dans la construction d’un avenir plus réjouissant, plus respectueux, plus « vrai ».

Christopher – Les deux sont inévitablement liés. Comme beaucoup de secteurs, celui de la fabrication personnelle regroupe plusieurs dynamiques, du non-marchand, du mercantile et de l’entre-deux. Mais ce qui est sur c’est que ce mouvement de mise en capacité de chacun à faire par lui-même, s’accompagne nécessairement d’une mise à disposition d’outils. On voit ainsi un transfert se faire du produit à l’outil. Plutôt que d’acheter des pâtes fraiches, on apprend à les fabriquer avec une machine à pâtes. Plutôt que d’acheter un nouvel ordinateur, on apprend à le réparer, à l’améliorer grâce à des outils spécifiques. À ce propos le cas d’iFixit est intéressant car cette société a en quelque sorte contribué à développer le marché des outils dédiés à la réparation de produits connus pour être irréparables. Bien que cette démarche soit très louable car elle permet d’éviter à beaucoup de smartphones et d’ordinateurs de finir prématurément à la poubelle ; elle peut-être aussi perçue comme une dérive marchande. La faute non pas à iFixit mais aux industriels qui conçoivent des objets tellement verrouillés qu’un simple changement de batterie nécessite un outillage particulier. Dans ce cas on voit qu’une perte de pouvoir du consommateur au niveau du produit se fait au profit de la création d’un nouveau marché d’outils. Marché qui aurait pu être évité si ces produits étaient conçus pour être entretenus et réparés sans outils ou bien avec des outils standards. 

MB Borne 3

La question « Digital detox »

A l’heure où nous sommes tous ultra- connectés, quelle est votre astuce pour préservez des moments de déconnexion dans votre emploi du temps?

Matthieu – Je n’ai plus de Smartphone. Je me contente d’un simple téléphone portable car j’ai déjà suffisamment le nez sur l’ordi et Internet toute la journée. Je suis un vrai addict sinon, j’ai préféré dire stop. Sinon j’achète de nouveau le journal l’Équipe en version papier pour m’informer sur le sport le weekend voir en semaine. J’avais d’ailleurs écrit un article sur mon blog sur le fait que le « papier serait l’innovation du 21 ème siècle ». L’avenir nous le dira !

Christopher – Ne pas avoir accès à Internet chez moi.

La question « Idée venue d’ailleurs »

Une innovation qui vous a marquée en 2015 ?

Matthieu – C’est un peu malhonnête de ma part, mais je vais répondre MakerBox ! Malgré le succès médiatique indéniable du sujet depuis 2/3 ans, il y avait vraiment un manque pour rendre le mouvement des makers accessibles au plus grand nombre. Je ne dis pas que ça y est, tout est là, mais en proposant une offre autour d’un médium  aussi démocratique que la box, nous avons les moyens d’attirer dans des makerspace des personnes qui n’avaient peut-être encore jamais entendu parler de « Maker » ou de « FabLab ». Enfin je l’espère !

Christopher – Le FairPhone 2. C’est certainement le produit technologique grand-public qui va le plus loin aujourd’hui en terme de réparabilité. Tout est démontable très facilement avec un simple tournevis cruciforme voir sans outil pour changer l’écran par exemple. Qui plus est la conception modulaire permet de faire évoluer une partie du téléphone, à l’image du capteur photo, sans changer le reste. 

BONUS – La question ouverte

La question à laquelle vous brûlez de répondre et qu’on ne vous pose jamais?!

Matthieu – « Forcément j’imagine que chez vous, tout a été fabriqué par vos soins ? »

Non ! Ce n’est pas le message que l’on souhaite faire passer au travers de MakerBox. Non demain tout ne sera pas fabriqué par chacun dans un coin de garage ou dans un fablab. L’industrie a contribué à des progrès majeur et continuera de le faire. Dans la même veine, tous les savoir-faire ne sont pas transmissibles au premier venu, la spécialisation et la maitrise du geste est une réalité. Il y a donc chez moi des tas de choses, la majorité d’ailleurs, qui ont été achetées. En revanche, sans singer la problématique et la prendre au premier degré, je suis intimement persuadé que la fabrication personnelle est un moyen très puissant pour nous faire prendre conscience du monde qui nous entoure. Que sais-je de la chaise sur laquelle je m’assoie tout les jours pour manger ? Qui l’a conçue ? Qui l’a fabriquée ? Avec quelle matière première ? Comment a-t-elle était transportée ? Etc. Toutes ces questions qui, en filigrane, posent le débat du monde dans lequel nous voulons vivre. Je crois beaucoup à cette micro-politique du quotidien.

Christopher – Que voulez-vous financer avec vos impôts cette année ? Plutôt l’éducation, la santé, la recherche, la défense, le développement d’énergies renouvelables…

À travers cette question l’idée est de souligner que cette dynamique de ré-appropriation de la fabrication n’est qu’une dimension d’un mouvement plus large qui vise à redonner les moyens aux individus de se prononcer sur ce qui conditionne leur quotidien : des objets aux lois.

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