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Ouverture des données publiques : quelles opportunités économiques ?

L’Open data, ou la mise à disposition de données publiques, est un sujet très débattu. La France a perdu du terrain, dégringolant de la 5ème à 11ème place dans un classement international fin 2015. Pourtant, certaines initiatives se concrétisent. Quelles peuvent être les retombées en termes économiques pour les entreprises ?

Si l’ouverture des données publiques s’est réellement concrétisée en France par la création d’Etalab en 2013, le chemin aura été long depuis la création en 1978, comme la CNIL, de la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA).

En matière d’Open Data, de nombreuses initiatives sont venues de collectivités territoriales, dont les élus ont rapidement décelé les avantages d’une telle ouverture en matière de transparence, de prise de décision ou encore de modernité.

La justification économique de cette ouverture des données s’est réaffirmée plus récemment. En 2013, le rapport Trojette de la Cour des Comptes a fait valoir que l’argument d’un manque à gagner pour les administrations qui vendaient leurs données n’était plus défendable : il y aurait plus d’intérêts économiques à ouvrir les données publiques qu’à vouloir préserver des recettes qui ne dépasseraient pas les 35 millions d’euros.

L’État et les collectivités peuvent se nourrir de ces données pour faire des économies, inciter des entreprises à développer leurs activités et à créer des emplois. Des métropoles comme Rennes et Paris ont ouvert la voie, réussissant à mobiliser un écosystème autour d’elles, si bien qu’aujourd’hui, on peut commencer à montrer du doigt les retardataires et les mauvais élèves…

Données publiques : mise à disposition obligatoire par défaut

La nouveauté en ce début 2016 est que le gouvernement a repris le flambeau : l’ouverture du fichier SIREN des entreprises (tenu exemplairement par l’INSEE) sera ouvert à tous au 1er janvier 2017. Le principe de mise à disposition et de gratuité est réaffirmé, sauf exception.

On retiendra surtout la décision, annoncée en janvier par Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargé du Numérique, de rendre obligatoire par défaut la mise à disposition de toutes données d’intérêt général, et non plus seulement celles provenant des administrations, agences publiques ou collectivités mais également de tous les acteurs « délégataires », c’est-à-dire aéroports, chambres de commerce, sociétés de transport public, sociétés d’autoroutes… Ceci, tout en respectant la protection des données personnelles, ce qui implique le principe d’anonymisation des informations fournies.

Transport, énergie, météo : du succès avec les données

Ce qui intéresse les sociétés en quête de nouveaux filons, comme les startups, ce sont les données avec une dimension géographique, les cartes de géolocalisation situant et quantifiant les infrastructures et leur utilisation, les flux de transport, les consommations d’énergie, d’eau, les communications, les services publics en général (établissements scolaires, crèches…) et de loisirs (lieux de spectacles, terrain de sport, piscines..), les logements, sans oublier les données météo, également très prisées (en historique comme en prospective) ou même les marques et brevets de l’INPI.

Lors d’une matinée de débat sur la dimension économique de l’Open Source, à Bercy (#DataDay), début janvier, quelques témoignages ont confirmé des exemples de business, qui peut en émaner :

  • Fluicity : une start-up très médiatisée qui met en expérimentation dans trois à quatre communes françaises le principe d’une participation citoyenne accrue, grâce à l’utilisation des données publiques.

  • Snips, créée par des data-scientists, propose des services d’analyses prédictives très élaborés, comme sur les trains de banlieue. On comprend explicitement les possibilités d’exploitation sur le plan commercial et marketing : où orienter ses prospections, sur quelles cibles précises – grâce aux outils du Big data.

  • ERDF, loin d’être une start-up, est venu témoigner sur l’intérêt de la mise à disposition prochaine des relevés, en continu, des compteurs électriques (35 millions d’équipements à terme). Ainsi, l’idée d’un référentiel national de consommation par immeuble serait fort bienvenu…

  • Ont été également mis en exergue Serdalab, Data Publica, Plume Labs ou Keolis, spécialiste des transports publics (grâce à l’ouverture d’interfaces API), ou encore la collaboration entre la Poste, l’IGN et Open Street map.

Par ailleurs, ce 2 février à Toulouse, les lauréats de l’Open Data (la 6ème édition d’une initiative lancée par le blog Dataconnexions de la mission Etalab) ont montré diverses applications originales. L’application gagnante, OpenBikes, provient d’une start-up ayant développé une application géolocalisée destinée à faciliter l’utilisation des vélibs. Au total, une vingtaine d’applications ont été sélectionnées, parmi environ 350 projets déclarés.

Données : vers de nouvelles sources de valeur ?

Un argument nouveau est venu s’ajouter ces derniers mois en faveur de l’Open Data. Plutôt que de se lamenter sur le fait que les « barbares » GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) vont continuer de faire la razzia et monnayer toutes ces informations publiques (tout en continuant de jongler avec l’optimisation fiscale à travers le monde…), ne vaut-il pas mieux se retrousser les manches et étudier les nouvelles sources de valeur qui permettraient de développer, secteur par secteur, de nouveaux services ? Ceci en validant des règles de jeu concurrentiel équitable et loyal, autour, notamment du concept de « portabilité des données ».

C’est le pari que font désormais la plupart des pays : en décembre 2016, ils seront 110 à Paris, réunis au sein de l’organisation OGP. Et c’est précisément la France qui a été choisie pour accueillir et présider cette réunion internationale, qui devra donc être une vitrine ouverte sur la créativité

Ils l’ont dit

Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du Numérique :

L’ouverture des données recèle un potentiel économique qu’il s’agit désormais d’exploiter au maximum afin de construire ce qui doit être, demain, le socle de l’économie française de la donnée 

Rand Hindi, SNIPS  (@randhindi) :

Les données seules, hors contexte, n’apportent pas grand chose. Celles de ‘l’Open data, agrégées avec diverses sources, nous ont permis de modéliser pour comprendre ce qui se passe et construire des modèles de prédiction 

Julie de Pimodan, fondatrice de Fluicity :

L’idée n’est pas d’inonder les villes de France avec Fluicity. Nous voulons travailler avec 3 ou 4 villes aux profils bien différents pour pouvoir mesurer des métriques similaires et voir quel impact peut avoir notre projet.

Jean-Louis Missika, sociologue et adjoint à la Maire de Paris :

La gouvernance politique classique est inadaptée. Face à un modèle périmé, le socle, pour la construction de projets, avec l’Open Data, c’est la ville ouverte, une plateforme sur laquelle se connectent les entrepreneurs, les citoyens. 

En chiffres

  • L’Open Data représenterait entre 0,5 et 1,5 point de PIB en gains estimés direct ou indirects (Source : Etalab, 2010)
  • 21 000 jeux de données sont recensés sur la plateforme d’Etalab
  • 1 400 réutilisations partagées sur cette plateforme
  • 12 000 inscrits qui les utilisent quotidiennement

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