Yannick Ichane (Deezer) : “En tant que pure player, nous devons créer de nouvelles habitudes de consommation”

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Yannick Ichane (Deezer) : “En tant que pure player, nous devons créer de nouvelles habitudes de consommation”

Après avoir côtoyé le monde des blogs et de la radio, Yannick Ichane a naturellement décidé de prendre part à la révolution du streaming musical en ligne. Head of Adsales chez Deezer France, il a la lourde tâche de monétiser les internautes gratuits, les Freemium. Nos questions pour comprendre sa position inédite en tant que pure player au sein de l’industrie (très concurrentielle) de la musique.

Portrait de Yannick Ichane

Yannick Ichane

La question « transformation digitale » 

En tant que pure player, comment procéder pour disrupter un secteur ?

Forcément, on arrive et on bouscule. Mais, parce que notre service adressait un véritable besoin, DEEZER s’est inscrit dans la vie de tous les jours très rapidement.

Pour disrupter un secteur, l’innovation est la clé de tout. Il faut être agile et avoir une grande capacité d’adaptation. Ainsi, depuis la création de DEEZER en 2007, nous nous efforçons de régulièrement faire évoluer notre home page. Notre porte d’entrée principale se transforme selon les usages de consommation des internautes, les technologies de développement et les tendances graphiques.

Mais ce n’est pas suffisant. Nous devons aussi créer de nouvelles habitudes de consommation, aller au-delà de ce qu’on avait l’habitude de faire… Par exemple, nous avons réussi, grâce aux équipes éditoriale et technique, à proposer à nos utilisateurs une réelle différence entre LA musique – celle diffusée sur Skyrock, NRJ, NOVA – et MA musique – ce que j’ai envie d’écouter au moment où je l’aurai décidé. Aujourd’hui, l’afficionados de musique peut satisfaire son envie soudaine d’écoute musicale grâce à notre service de « musique à la demande ». Plus récemment, nous avons développé Flow, un service de recommandation personnalisé pour permettre à chaque utilisateur de pouvoir découvrir des titres qui sont liés à son propre ADN musical.

Depuis notre création, davantage qu’un service de streaming, nous avons évolué pour devenir un vrai réseau social où la musique est au centre de tout. Au-delà des 40 millions de titres que nous proposons à nos auditeurs, nous disposons également d’influenceurs, de système de recommandations et de partages. Nous réussissons même à faire pousser la voix à nos auditeurs grâce à l’intégration des paroles des chansons en natif.

La question « défis » 

Quels sont les obstacles à surmonter pour s’imposer sur un marché aussi concurrentiel que la musique ?

Lorsque nous sommes arrivés, il a fallu convaincre le marché publicitaire que nous représentions l’émergence d’un nouveau média digital. À l’époque, nous cumulions déjà plus de 8 millions de visiteurs uniques pour la France.

Mais, de manière générale, notre objectif était surtout de faire évoluer les mentalités… Ce qui n’est jamais facile ! Nous améliorons chaque jour notre service en cherchant à anticiper les besoins de nos auditeurs. Cependant, le défi reste de taille : qu’importe le marché, nous devons réussir à trouver le modèle économique qui fera que l’internaute accepter de payer pour ce service musical. Or, tout comme pour la presse, les internautes ne sont pas forcément prêts à dépenser pour écouter de la musique.

La question « RH »

Quelles qualités doit posséder un digital transformer ?

Un digital transformer doit réussir à faire la part des choses. Il faut avoir confiance en ses équipes, écouter ses (futurs) utilisateurs mais il faut savoir aller là où on ne nous attend pas donc continuer à innover…

La question « influente » 

Quelles sont vos modèles et sources d’inspiration pour mener à bien votre objectif de disruption ?

Je trouve le modèle du TIMES et leur stratégie en entonnoir très inspirant. Ils ont su trouver le juste équilibre entre proposer du contenu gratuit afin de recruter un maximum d’internautes et les convertir en consommateur payant. C’est ce modèle que nous essayons de faire performer chez DEEZER.

La question « consultant » 

Quels conseils donner pour qui souhaite prendre part à la transformation numérique d’un secteur ?

Premier conseil : il faut bien dormir ! Prendre part à la transformation d’un secteur, c’est beaucoup de travail et il faut être en forme pour comprendre les enjeux de son marché.

Il faut également aimer son travail et être prêt à mettre les mains dans le cambouis. Transformer un secteur, c’est emmagasiner beaucoup d’informations, apprendre des nouvelles façons de travailler… il faut être très ouvert, écouter énormément et être très polyvalent.

Enfin, on n’y pense pas assez mais il faut faire beaucoup de sport : une nouvelle mission amène forcément un nouveau stress, certes positif, mais porteur de tensions. Il faut donc apprendre à canaliser son énergie et garder son sang froid… notamment pour épargner ses proches !

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