Tendances & Actualités
19/02/2018

ET SI VOUS VENDIEZ VOS DONNÉES ?

Le dernier rapport du think tank de Génération libre propose d’instaurer un droit de propriété privée sur les données personnelles. Un plaidoyer qui remet l’internaute au centre de l’exploitation des données.

AUX ORIGINES DE L’INITIATIVE

En 2014, Jaron Lanier, chercheur chez Microsoft, pionnier de la réalité virtuelle et auteur de Who owns The Future? invitait les internautes à se méfier de la culture de la gratuité, avec cette formule restée célèbre : “Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit”. Internet a facilité le recours à des services qui, loin d’être gratuits, sont financés par la publicité, à l’insu des utilisateurs… ou presque. Car en acceptant quotidiennement l’installation de cookies ou encore des conditions générales d’utilisation, les internautes sont loin de se douter de  l’utilisation qui est faite de leurs datas. Ces données produites contribuent en effet à enrichir les Gafam, et ce sans contrepartie, si ce n’est l’accès gratuit aux plateformes. Mais ils demeurent oubliés de la chaîne de valeur.

La revente de leurs données représente ainsi une source considérable de revenus pour les plateformes (4 milliards de dollars par trimestre pour Facebook). Les entreprises parviennent à collecter et à enrichir leurs données en continu à travers une analyse approfondie des parcours des internautes : temps passé sur chaque page, informations consultées et produits achetés, etc. En croisant l’ensemble des données et en cumulant toutes les informations sur les internautes, les entreprises sont en mesure d’avoir un profil très précis des clients.

Face à cette exploitation des données personnelles et la valeur produite, Jaron Lanier défend, avec des universitaires de Stanford et de Columbia, le principe de rémunération des internautes par les entreprises du Web.

DES INTERNAUTES ENTRENT EN RÉSISTANCE

Parallèlement à ces analyses, des mouvements de résistance commencent à émerger. Si les utilisateurs cèdent fréquemment leurs datas, 88 % des consommateurs se disent pourtant dérangés par l’utilisation de leurs données personnelles. De nouvelles formes d’oppositions commencent à apparaître, prenant la forme de pétitions, de réclamations voire de boycotts. Pour éveiller la conscience des internautes, des chercheurs espagnols ont même créé l’extension Facebook Data Valuation Tool afin d’évaluer précisément la richesse de Facebook tirée de l’exploitation des données personnelles.

REDONNER LE CONTRÔLE AUX UTILISATEURS

Le rapport intitulé Mes datas sont à moi, pour une patrimonialité des données personnelles, le rapport de Génération libre veut aller plus loin. Il propose une innovation juridique : instaurer un contrat entre plateformes et utilisateurs mettant en place une rémunération en l’échange de l’utilisation de leurs données personnelles.

Selon Gaspard Kœnig, les datas relèvent de la propriété personnelle, au même titre que le corps. Traditionnellement prisonnier du ciblage publicitaire, l’internaute doit avoir le choix d’utiliser ses données comme il l’entend, tout en donnant son consentement explicite.

Les utilisateurs devraient pouvoir choisir ce qu’ils choisissent de vendre : une partie de leurs données ou la totalité de leurs données en échange d’une rémunération. Dans le cas où ils refuseraient de vendre leurs données, ils devraient payer l’accès à la plateforme.

Le rapport propose des solutions concrètes pour se réapproprier le droit de propriété privée. Les internautes pourront ainsi remplir un “smart contract”, un document de référence dans lequel ils indiqueront leurs décisions officielles concernant l’exploitation des données. Grâce à l’utilisation de la blockchain, le contrat sera activé de manière automatique dès que l’internaute commencera la procédure d’inscription sur une plateforme. Chaque utilisateur pourra s’identifier via une signature électronique.

Cette initiative se rapproche de l’objectif du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) qui prendra effet le 25 mai 2018 dans l’Union européenne. Ce texte renforce la protection des données des internautes, à travers le droit à la portabilité des données, le droit à l’oubli et la volonté de responsabiliser les entreprises qui traitent des données. Génération libre propose d’aller encore plus loin avec le droit de propriété privée des datas.

UNE PROPOSITION QUI FAIT DÉBAT

Cette initiative soulève toutefois des enjeux éthiques. Certains opposants au projet estiment que la monétisation des données se limiterait à des enjeux purement financiers et que la donnée ne peut être une affaire lucrative. La vente des données pourrait également ouvrir la voie à des pratiques abusives comme la revente de données ou encore la surveillance de masse généralisée. La concrétisation de cette idée, jugée trop floue, est également pointée du doigt.

ILS L’ONT DIT

Gaspard Kœnig, philosophe et fondateur du think tank Génération libre

“Si la data est bien cet « or noir » du 21ème siècle, il n’y a pas de raison de ne pas payer les producteurs – nous – sans laisser aux raffineurs (les agrégateurs et les plateformes) l’intégralité des revenus liés à l’exploitation des data”.

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